Pour essayer de nous acclimater au chaos de notre situation actuelle, nous allons tenter de canaliser les énergies du bouillonnement du « tout monde », pour essayer de comprendre les origines de ce monde construit, humain, dans lequel nous sommes tous portés. Après la baignade, sortir un peu la tête de l’eau, pour y replonger de plus belle. Pour réfléchir, nous allons utiliser une histoire qui renvoie à la relation entre nature et culture, le mythe de Prométhée, aidé par Bernard Stiegler.

Le mythe de Prométhée nous enseigne un complexe. Voici une vison faible de l’humanité, perçue comme une créature mortelle, qui n’a pas d’atouts suffisants pour survivre dans une nature considérée comme hostile et sauvage, qui le dépasse. Seul le savoir, symbolisé par le feu, apporté par Prométhée devient un atout précieux pour se protéger, se nourrir, s’abriter, se développer. Le feu renvoie aussi à la maîtrise d’une force de la nature, qui représente la technique. D’après Stiegler, la technique, dans son étymologie, renvoie à « techné » qui signifie « savoir faire », une manière, une extension de l’esprit par le geste, et par la même occasion, une extension du corps.

 

En cela la notion de culture est une construction qui permet un appui, une forme de soutiens solide, comme un abri à la bonne taille, chaud et confortable, construit par une espèce qui cherche à se rassurer sur sa condition d’être fragile et mortel. On pourrait l’associer à une forme de compensation :

 

La culture c’est les griffes, les dents pointues, la fourrure, le venin, etc..

 

La culture est aussi une forme de mémoire artificielle. Si on prend l’exemple de la pointe de flèche en silex, on se rend compte, qu’un geste est gardé, figé dans le minéral, pour arriver jusqu’à notre époque contemporaine. Une stratégie de survie qui est peut-être à l’origine d’un seul être, mais qui a perduré après sa mort. Une technique qui garde sa trace, a été transmise et a ainsi contribué à améliorer les capacités de l’espèce. La culture produit un espace d’extériorisation de la pensée qui alors permet le partage. Une stratégie de survie extraordinaire, qui a permis à cet être de dépasser les conditions du corps humain, de l’étendre au-delà de ses possibilités, de voyager, vivre dans des lieux hostiles, passer les mers, plonger, voler, etc.

 

Cependant, la faille de ce qu’on pourrait appeler le « complexe de Prométhée » provient d’une distinction entre nature et culture, la culture est là pour compenser un « manque » de la nature. La pro- position de Stiegler de retour au mythe grec, insinue que l’occident est imprégné d’une mémoire, qui intègre une dichotomie entre les deux sujets.

En cela nous pouvons nous poser concrètement les questions :

 

La technique se détache-t-elle forcément de la nature ?

 

Le complexe de Prométhée est-il irréfutable ?